L’art du patchwork : D’où vient cette idée?

C’est une question qui m’est souvent revenue à l’esprit depuis que je m’intéresse à l’art du patchwork. Je vous propose ici un peu de ce que j’ai appris à ce sujet. Cela reste évidemment une approche subjective et très personnelle des informations glanées ou comprises à travers le temps, mes lectures et mes voyages.

1. Pourquoi et comment cette idée est venue?

1.1 Les origines de l’art du patchwork

C’est certainement aussi ancien que le début de la civilisation. En fait, certains auteurs pensent que les hommes préhistoriques créaient déjà des vêtements en « patchwork » à partir de plusieurs peaux de bêtes. Et c’est vrai que les collections anthropologiques du Muséum d’histoire naturelle de New York que j’ai eu la chance de voir récemment témoignent largement de ces assemblages de tissus à travers les siècles pour construire des habitats ou s’habiller.

Pour ma part, et après avoir écumé de nombreux musées, je pense que cet art a vraiment gagné ses lettres de noblesses plus près de nous, quand la nécessite à aussi fait de la place à l’envie de créer, de partager les techniques et d’harmoniser formes et couleurs. Molière faisait dire à M. Jourdain dans le bourgeois gentilhomme « qu’il faisait de la prose sans le savoir » et bien justement, pour moi le patchwork est né quand on a vraiment voulu faire de jolis ouvrages et pas seulement quand on a pas fait exprès d’assembler des bouts de tissus! Mais ce n’est que mon humble avis et je ne suis pas une spécialiste de la question.

Avant le 17 ème siècle, il est difficile de savoir comment le patchwork se faisait de toutes façons. Car malheureusement pour nous le textile n’a pas survécu à l’épreuve du temps. Certains témoignages existent représentés sur des statues parfois ou bien sur les rares tableaux témoins de ces époques antérieures à 1600.  Car ils montrent plus souvent des intérieurs luxueux ou de riches figures que des masures de nécessiteux qui devaient repriser pour leur survie des couvertures!

1.2 L’art du patchwork après le 17/18ème siècle

Entre symbolique et tradition, les humains n’ont pas voulu seulement se vêtir ou se réchauffer mais se souvenir, honorer ou passer des messages à d’autres. On retrouve dans le monde entier des traces d’arts textiles plus ou moins anciens: en Afrique et Asie avec le Batik, au Japon avec le reprisage d’art devenu Sashiko, à Hawaï avec les quilts bicolores en appliqué, en Inde avec les soieries, en Chine avec les brocarts… plus près de chez moi le Trapunto ou le Boutis provençal sont aussi des styles d’arts textiles « combinatoires ». Aujourd’hui, on mixe volontiers tous les styles et toutes les influences pour réaliser des quilts. Mais c’est aux Etats-Unis que l’art du patchwork s’est épanoui et a commencé à rayonner.

2. Le développement et la reconnaissance de l’art du patchwork aux Etats-Unis

 2.1 Les Amishs

C’est à Sainte Marie aux Mines, ville Française bien connue pour le carrefour européen du patchwork que j’ai aussi découvert les quilts Amishs. Ils seraient peut-être le point de départ de l’art du patchwork importé d’Europe sur le nouveau continent. Ils seraient des descendants des puritains partis d’Angleterre au 17ème siècle vers la Hollande pour échapper aux persécutions religieuses. Les « Pilgrims fathers » arrivés sur les côtes de Massachusetts par le fameux Mayflower.

On retrouve dans leurs quilts plusieurs éléments constants du patchwork:

2.1.1 La récupération, le recyclage et l’économie

Car ce sont des ouvrages réalisés avec des morceaux de tissus d’anciens vêtements et qui trouvent là une nouvelle vie. Lorsque les Amishs sont arrivés, ils n’avaient pas beaucoup de biens matériels. Les premiers arrivants étaient très dépendants de l’artisanat du vieux continent. Il fallait attendre de long mois l’arrivée de textiles, de linge ou de couverture par bateaux. Alors repriser et prolonger la vie de ses affaires était une nécessité.

2.1.2 La couleur unie et la géométrie

Qui sont aujourd’hui encore une constante des quilts Amishs. Ils sont faits avec des couleurs très vives combinées à des couleurs sombres. Car les premières sont réservées aux enfants et les teintes sombres sont ensuite la constante des vêtements utilitaires des adultes. Toutes « fioriture » étant jugée inutile.

2.1.3 Le partage et la transmission

Mais aussi la vie spirituelle et communautaire ont marqué le style de ces quilts. Ils sont aujourd’hui encore piècés et quiltés en communauté. Ils sont offerts lors d’événements importants de la vie comme le mariage par exemple.

2.2 Les pionniers

Je veux parler ici des courageux aventuriers partis à la conquête de l’ouest au cours du 19 ème siècle. Chaque vague de nouveaux arrivants venait avec sa foi, ses souvenirs de leur terre d’origine et sa tradition familiale à transmettre.

2.2.1 La créations des blocs traditionnels

Dans les grands symboles devenus blocs on retrouve par exemple le log cabin (la cabane de rondins avec le point rouge qui représente l’âtre au centre de la maison). Certains auteurs expliquent que c’est à cette période que les blocs traditionnels tels que nous les connaissons se sont développés pour permettre de travailler sur de petites pièces faciles à transporter lors des déplacements. D’autres historiens expliquent l’arrivée des blocs par le fait que cela permettait de transformer les petites pièces de tissu que l’on trouvait au fur et à mesure à une période où cette matière première se faisait rare

Les blocs prennent le nom du lieu de passage , d’un événement de la bible… ou de la vie de tous les jours mais comme les gens se rencontraient difficilement un même bloc peut avoir plusieurs noms… pas facile aujourd’hui d’ailleurs de s’y retrouver! D’après ce que j’ai pu lire, ils ne matelassaient pas vraiment leurs quilts comme on le ferait aujourd’hui avec de la ouatine mais utilisaient la technique du nouage pour enserrer des matières isolantes dans leurs couvertures. Ils pouvaient y mettre des feuilles séchées, du papier ou de la paille… Bref, on est loin du cliché de l’édredon moelleux de Laura Ingalls dans la petite maison dans la prairie!

2.2.2 L’avènement de l’ère industrielle

Entre 1733 et 1801, des inventions majeures transforment les métiers à filer et à tisser en machine mécanique de plus en plus rapide et rentable.

2.3 L’époque faste du coton pas trop cher

Au début, le coton produit dans le sud des états unis était envoyé pour être filé dans les manufactures anglaises. Car le climat pluvieux permettait parait-il de meilleurs rendements que sous les latitudes américaines…

En fait, cette production abondante va permettre de se servir du coton et des nouveaux imprimés crées pour décorer et plus seulement par nécessité. Durant l’époque victorienne qui s’étale entre 1837 et 1901, la création artistique de patchwork prend une nouvelle mesure. L’industrie textile se développe et crée des outils de production de masse comme le métier à tisser.

C’est l’époque des « Album quilts » ou « Baltimore quilts« . J’ai eu la chance, adolescente, de visiter Baltimore dans le Maryland. Cette ville était l’une des plus prospère des Etats Unis avant la guerre civile et fut le siège de la création de quilts magnifiques par une société privilégiée. Ces quilts ont sans doute mieux traversés le temps car ils étaient fait avec des tissus neufs. Entre 1840 et 1850, ces riches ouvrages en appliqué étaient fait par plusieurs personnes qui se retrouvaient pour des « quilting bee » et confectionnaient des samplers complexes à offrir pour les grandes occasions. J’adorerais en faire un… pour vous donner une idée de ce que c’est, faite une rapide recherche internet ou bien allez sur le lien suivant du Métropolitan Muséeum: Collection du MET à New York

2.4 La guerre civile de 1861 à 1865

Dans les familles aisées, il y a parfois déjà des machines à coudre à disposition. Ce qui permet de coudre plus vite et de façon plus régulière.

La guerre de sécession va faire flamber le prix du coton. Il faut donc s’associer pour coudre de grandes pièces. C’est aussi à cette époque que l’on fait des quilts à plusieurs mains pour lever des fonds pour les armées ou affirmer son patriotisme en cousant le drapeau américain. On trouve facilement aujourd’hui des patrons ou des tissus reproduits de cette époque. Ils sont estampillés « Civil War« . C’est l’époque du Dear Jane, ce magnifique quilt réalisé en plus de 5000 pièces.

Mon baby Jane inspiré du Dear Jane- parfumdecouture.com
Baby jane. parfumdecouture.com

2.5 L’art du patchwork de la fin du 19ème à l’époque contemporaine

C’est l’époque où est crée le Liberty. Le fameux coton anglais fin comme de la soie et imprimé date de 1884. Si vous passez à Londres, allez visiter le magasin sur Regent street… c’est un de mes magasins préférés! Les quilts sont considérés comme des objets précieux transmis par héritage et consignés au même titre qu’un meuble!

On trouve aussi à cette période les premiers journaux à l’attention des dames où des patrons étaient proposés. Si vous aimez les puces de couturières vous pouvez parfois tomber sur des pépites comme des articles de journaux datant des années 1870 et au-delà ou bien en cherchant sur internet les revues comme « a new easy way to make quilt » ou « Aunt Martha’s quilt pattern » qui datent des années 30.

Vers les années 70, un engouement pour le patchwork repart des Etats unis et se propage à travers l’Europe. On sait aujourd’hui les multiples courants que cela a engendré! L’art du patchwork se développe et  se réinvente sans cesse grâce aux influences mondiales et à la facilité de trouver des tissus toujours plus inspirants. A nous d’écrire la suite de l’histoire, mais quelle chance nous avons de vivre à notre époque!

 

 

 

 

 

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